Agglomération Castres-Mazamet : Olivier Fabre bat Florian Azéma et devient président, une première historique

Qui va succéder à Pascal Bugis à la présidence de la communauté d’agglomération de Castres-Mazamet ?

Olivier Fabre élu président : Castres perd la tête de son agglomération

C'est un séisme politique dans le sud du Tarn. Lors du conseil communautaire du 20 avril 2026, Olivier Fabre, maire de Mazamet, a été élu président de la Communauté d'Agglomération Castres-Mazamet (CACM) avec 30 voix, contre 26 pour Florian Azéma, le maire RN de Castres. Deux bulletins blancs ont complété le scrutin. Pour la première fois depuis la création de l'intercommunalité il y a 27 ans, la présidence de la CACM ne sera pas assurée par le maire de Castres, pourtant ville-centre et la plus peuplée du territoire.

La séance, tenue dans l'amphithéâtre de la zone du Causse, a été si courue qu'un écran a dû être installé dans le hall d'entrée pour permettre au public de suivre les débats. La session a duré plus de huit heures, témoignant de la tension et des enjeux considérables qui entouraient ce vote.

Les arguments des deux candidats : gouvernance partagée contre légitimité de la ville-centre

Le pari manqué de Florian Azéma

Florian Azéma, nouveau maire de Castres élu sous l'étiquette Rassemblement national lors des municipales de mars 2026, s'était présenté comme un candidat de rassemblement. Dans son discours de candidature, il avait proposé la création d'une conférence des maires bimensuelle, au sein de laquelle toutes les orientations stratégiques seraient discutées en amont des délibérations. « Je ne suis pas un homme de clivage stérile », avait-il affirmé, appelant les élus à « voter pour leurs communes, pas pour une étiquette politique ».

Malgré ces appels à l'unité, Azéma n'a pas réussi à convaincre au-delà de son camp. Sur les 29 sièges détenus par les représentants de Castres, neuf appartenaient à des élus de l'opposition municipale, dont Guillaume Arcèse, arrivé deuxième au second tour des municipales à Castres. Ces élus se retrouvaient face à un dilemme clairement exprimé : voter RN au risque de livrer une nouvelle agglomération au parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen, ou soutenir Mazamet au risque d'affaiblir la ville de Castres dans les décisions intercommunales.

La stratégie gagnante d'Olivier Fabre

Olivier Fabre, vice-président de la précédente mandature, a su fédérer autour d'un projet de « gouvernance partagée » promettant un pouvoir moins centralisé. Cette approche inclusive a visiblement séduit une majorité d'élus, y compris des conseillers issus de Castres. En obtenant 30 voix sur 58, il a franchi la majorité absolue avec une marge confortable.

Une institution aux compétences stratégiques majeures

L'enjeu de cette élection dépassait largement une simple querelle de clocher. La CACM exerce des compétences décisives pour le développement du territoire : développement économique, enseignement supérieur, aménagement du territoire, ou encore les retombées attendues de l'arrivée de l'autoroute A69. Perdre la présidence de l'agglomération, c'est, pour Castres, perdre une partie de son levier d'influence sur des dossiers structurants pour les années à venir.

Depuis 2008, Pascal Bugis présidait la CACM. Son retrait de la vie politique locale — il ne s'est pas représenté aux municipales — a ouvert une succession qui s'est transformée en véritable bataille d'influence. L'élection de Florian Azéma à la mairie de Castres avait cristallisé les inquiétudes de nombreux élus intercommunaux, peu enclins à voir le RN prendre la tête d'une institution aussi stratégique.

Un contexte local tendu, entre politique et faits divers

L'élection à la CACM intervient dans un contexte local déjà chargé pour Florian Azéma. Quelques jours avant ce vote, le maire de Castres avait réagi de manière très offensive à la mort violente d'un homme dans le quartier de Lardaillé-Roulandou, dans la nuit du 17 au 18 avril. Dans un communiqué et une vidéo publiés sur la page officielle de la Ville, il avait dénoncé « l'ensauvagement » du pays, réclamant des moyens supplémentaires pour les forces de l'ordre et pointant « l'état catastrophique » de la sécurité publique en France.

Cette prise de parole, relayée massivement sur les réseaux sociaux, avait suscité à la fois un large écho et des critiques quant à une politisation jugée trop rapide du drame, alors même que l'enquête était encore en cours et qu'aucune interpellation n'avait été annoncée. Depuis, deux suspects ont été interpellés dans cette affaire.

Une défaite symbolique pour le RN dans la conquête des intercommunalités

Au-delà du Tarn, ce résultat s'inscrit dans une dynamique nationale plus large. Le week-end précédant ce vote, les agglomérations de Beaucaire (Gard) et de Perpignan étaient passées aux mains du Rassemblement national. La CACM représentait donc une nouvelle occasion pour le parti d'étendre son emprise institutionnelle sur les structures intercommunales du sud de la France.

L'échec de Florian Azéma à la présidence de la CACM montre que la conquête des mairies RN ne se traduit pas mécaniquement par un contrôle des intercommunalités, notamment lorsque les oppositions municipales choisissent de faire barrage. Cette élection pourrait faire référence dans d'autres territoires où des maires RN cherchent à élargir leur influence au niveau supracommunal. Le résultat illustre aussi les limites d'une stratégie de dédiabolisation lorsqu'elle se heurte à des alliances politiques de circonstance, forgées précisément pour contenir la montée en puissance du parti d'extrême droite dans les institutions locales.

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