Dayfeedz.com

"Il a dit que j’étais trop moche pour être violée"

"Il a dit que j’étais trop moche pour être violée"

Le 10 mars 2026, l'émission « Ça commence aujourd'hui » sur France 2 a donné la parole à trois femmes victimes de Cyril Zattara, un hypnothérapeute condamné le 16 janvier 2026 à vingt ans de réclusion criminelle pour viols et soumission chimique. Parmi elles, Ludivine, 39 ans, a livré un témoignage d'une rare intensité sur huit années de violences, d'emprise psychologique et de déni.

Un témoignage qui glace : « Il a dit que j'étais trop moche pour être violée »

Devant Faustine Bollaert, Ludivine a retracé le fil d'une relation destructrice qui a débuté en 2011. Tout commence sur Facebook, avec des échanges qui s'étirent sur plusieurs semaines. Cyril Zattara se montre à l'écoute, bienveillant, presque thérapeutique. « Il savait des choses que même mon fiancé ne savait pas, notamment que j'avais été violée quand j'avais 13 ans », confie-t-elle à l'antenne. Ce niveau de confiance accordé à un inconnu n'est pas le fruit du hasard : c'est le premier rouage d'une manipulation soigneusement orchestrée.

Après un déménagement qui l'isole socialement, Ludivine se retrouve vulnérable. Elle le dit elle-même : « J'ai toujours eu du mal à me faire des amis. Quand on s'est rencontrés, je lui ai dit que j'avais cette faille-là. » Zattara s'en empare aussitôt, lui proposant de participer à des soirées dansantes pour élargir son cercle. Ces soirées deviennent le cadre de ses crimes : il y drogue ses victimes avant de les agresser sexuellement.

De cette première nuit, Ludivine ne garde que des fragments. « Je me réveille le lendemain avec quelques flashs de pénétration, quelques flashs où il est sur moi. » Ces bribes de mémoire, elle mettra plus de dix ans à les reconnaître pour ce qu'elles sont réellement.

Huit ans d'emprise, un mécanisme de manipulation redoutable

Pendant près d'une décennie, les agressions se répètent. Parfois consciente de ce qui se passe, Ludivine ne consent jamais. Mais Zattara a pris soin de construire une explication à tout : il lui a « fait croire pendant toute leur relation qu'elle était dépendante sexuelle ». Cette construction mentale, typique des mécanismes d'emprise, a duré jusqu'en 2023, année où Ludivine parvient enfin à nommer ce qu'elle a subi.

Le procès, qui s'est tenu à huis clos du 5 janvier 2026 devant la cour criminelle des Bouches-du-Rhône, a été une nouvelle épreuve. Cyril Zattara, jugé pour le viol de quatorze femmes droguées sur plus de dix ans, a nié les faits concernant Ludivine avec une particulière virulence. « J'étais la seule pour qui il niait fermement », témoigne-t-elle. Ses arguments, rapportés à la barre, sont aussi révélateurs que choquants : il aurait déclaré qu'elle était « consentante », qu'il « n'avait pas besoin de la droguer », et qu'elle était « trop moche pour être violée ».

Ces mots, prononcés dans une salle d'audience, résument à eux seuls la stratégie de défense de l'accusé : nier, dévaloriser, retourner la culpabilité. Malgré cela, la justice a reconnu trois faits commis à l'encontre de Ludivine dans son verdict.

"Il m'avait fait croire pendant toute notre relation que j'étais dépendante sexuelle." — Ludivine, victime de Cyril Zattara, sur France 2

Une condamnation à vingt ans, une mesure de sûreté renforcée

Le 16 janvier 2026, Cyril Zattara a été reconnu coupable de viols et de soumission chimique et condamné à vingt ans de réclusion criminelle. Une mesure de sûreté portant sur les deux tiers de la peine a également été prononcée, ce qui signifie qu'il ne pourra pas bénéficier d'aménagement de peine avant d'avoir purgé au moins treize ans et quatre mois d'emprisonnement.

Cette condamnation clôt un long combat judiciaire pour les quatorze victimes identifiées dans cette affaire. Elle intervient dans un contexte où la question de la soumission chimique dans les affaires de violences sexuelles fait l'objet d'une attention judiciaire et médiatique croissante, à l'image d'autres dossiers emblématiques comme l'affaire Cédric Jubillar, qui a marqué durablement l'opinion publique française.

La parole des victimes, un acte politique autant que personnel

En choisissant de témoigner publiquement dans « Ça commence aujourd'hui », Ludivine et les deux autres victimes présentes sur le plateau ont posé un acte qui dépasse leur histoire individuelle. Prendre la parole après un verdict, c'est refuser que la condamnation judiciaire soit le seul espace de vérité. C'est aussi alerter sur les mécanismes d'emprise qui rendent les victimes silencieuses pendant des années, voire des décennies.

Leur présence dans cette émission, diffusée dans le cadre d'une semaine spéciale consacrée à la justice, rappelle que les procès ne suffisent pas toujours à réparer. La reconstruction passe aussi par la reconnaissance publique de ce qui a été vécu — et par la possibilité, enfin, d'être entendue sans être remise en doute.

"Il a dit que j'étais trop moche pour être violée." — Ludivine, dans Ça commence aujourd'hui sur France 2, 10 mars 2026

L'affaire Zattara restera comme l'un des dossiers les plus glaçants de ces dernières années en matière de violences sexuelles facilitées par des substances, et le témoignage de Ludivine, parmi les plus courageux.

Commentaires