Affaire Robert Boulin : trois juges reprennent l'enquête 47 ans après

Trois juges reprennent « l’affaire Robert Boulin » : 46 ans après la mort du ministre, dernier espoir de dissiper le mystère

Affaire Robert Boulin : le pôle cold cases relance les investigations

Quarante-sept ans après la mort de Robert Boulin, ministre du Travail de Raymond Barre, l'espoir renaît pour sa famille. Le pôle national des crimes sériels ou non élucidés, dit « pôle cold cases », vient de se saisir du dossier, désormais confié à trois juges d'instruction du tribunal judiciaire de Nanterre. L'information, révélée par BFMTV le 29 juin 2026 et confirmée par le parquet, marque un tournant décisif dans cette affaire qui n'a cessé de diviser l'opinion.

« Je suis très satisfaite de ce transfert auprès de magistrats spécialisés », a réagi Fabienne Boulin, la fille du ministre, auprès de nos confrères. « En espérant qu’ils consacrent tout leur temps à faire enfin une vraie enquête. » Son avocat, Me Didier Seban, s'est dit « satisfait » de cette décision, qui répond à des mois de demandes de la famille.

Le 30 octobre 1979, Robert Boulin, 59 ans, est retrouvé mort dans l'étang Rompu, en forêt de Rambouillet (Yvelines). La thèse du suicide par noyade, après absorption de barbituriques, est retenue en quelques jours. Le ministre aurait laissé une lettre postée à l'AFP, évoquant des menaces et une « collusion évidente d’un escroc paranoïaque, mythomane, pervers, maître chanteur et d’un juge ambitieux ». Mais pour sa famille, il s'agit d'un assassinat politique. Depuis 46 ans, elle se bat pour que la vérité éclate.

Un dossier marqué par des zones d'ombre et des négligences

Des indices sabotés dès les premières heures

Les dysfonctionnements sont nombreux dès le départ. Une cinquantaine de personnes – gendarmes, pompiers, policiers, magistrats, élus – ont piétiné la scène de découverte sans aucune précaution pour préserver les indices. « C’est la dernière ligne droite, mais je suis persuadée que la vérité est vraiment tout près », confiait Fabienne Boulin le 3 juillet 2026 dans une interview à Actu-Juridique. Elle pointe du doigt les invraisemblances : le corps du ministre, agenouillé dans 50 centimètres d'eau, un bras encore levé, le visage couvert d'ecchymoses.

Des pièces du dossier volatilisées

La première autopsie, réalisée dans l'urgence, conclut à une noyade après ingestion de somnifères. Mais des documents essentiels disparaissent. Des dossiers que Robert Boulin avait prélevés dans son coffre-forte au ministère, et laissés sur son bureau avant de partir, n'ont jamais été retrouvés après les visites rendues à sa veuve. La famille, qui n'a obtenu le dossier judiciaire qu'en 1981, a depuis accumulé les preuves d'une enquée bâclée.

En 2015, le parquet de Versailles avait déjà rouvert une information judiciaire pour « arrestation, enlèvement et séquestration suivie de mort ou assassinat ». Mais les investigations n'avaient pas abouti. L'ombre du Service d'action civique (SAC), la milice du parti gaulliste, plane sur l'affaire. Selon la défense, Robert Boulin aurait été victime d'une machination politique destinée à l'empêcher d'accéder à Matignon, où il était pressenti.

Un espoir pour la famille et un possible tournant judiciaire

La perspective d'une enquête indépendante

Ce transfert au pôle cold cases de Nanterre, spécialisé dans les affaires non élucidées depuis 2022, ouvre une nouvelle ère. Les trois juges désignés vont pouvoir « reprendre l’instruction de cette affaire en co-saisine, avec un collège de 3 magistrats instructeurs, et poursuivre de nouvelles investigations sans délai », précise le président du tribunal dans un communiqué. Ils pourront notamment réexaminer les expertises médico-légales, entendre de nouveaux témoins et exploiter les avancées technologiques (ADN, analyses numériques) qui n'existaient pas dans les années 1980.

Une affaire qui interroge la mémoire collective

L'affaire Boulin n'est pas seulement une énigme judiciaire. C'est un miroir des années Giscard, de la « guerre des droites » entre Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac, et de la manipulation médiatique. Raymond Barre avait lui-même tenté d'étouffer les rumeurs à l'Assemblée nationale le 7 novembre 1979 : « Il n’y a pas d’affaire Boulin ! », lançait-il. Aujourd'hui, la société admet que des zones d'ombre subsistent.

Si la vérité judiciaire est enfin établie, ce serait une victoire pour toutes les familles de victimes oubliées. Dans le même temps, d'autres dossiers sensibles, comme l'affaire Grégory ou la mort de Claude Érignac, continuent de hanter l'institution judiciaire. Le pôle cold cases, en centralisant les enquêtes les plus complexes, tente de répondre à une exigence croissante de transparence.

Un feuilleton judiciaire qui pourrait s'accélérer

Fabienne Boulin, aujourd'hui âgée de 72 ans, reste confiante : « La vérité est vraiment tout près. » Les juges devront notamment clarifier le rôle des proches de Robert Boulin, les circonstances exactes de son départ de son domicile le 29 octobre 1979, et la disparition de ses dossiers personnels. La question de l'implication du SAC, déjà évoquée par plusieurs témoins, sera au cœur des nouvelles investigations.

En attendant, la famille Boulin espère que ce nouveau chapitre permettra de lever définitivement le voile sur l'une des plus grandes énigmes politico-judiciaires de la Ve République. Comme le rappelait récemment un avocat spécialisé, « même 47 ans après, un dossier peut encore livrer ses secrets. »

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