Aminata Diallo devant la justice : un renvoi en correctionnelle cinq ans après les faits
L'ancienne joueuse du Paris Saint-Germain Aminata Diallo a été renvoyée vendredi 6 novembre devant le tribunal correctionnel de Versailles pour complicité de violences volontaires aggravées et association de malfaiteurs dans l'agression de son ex-coéquipière Kheira Hamraoui, survenue en novembre 2021 à Chatou (Yvelines). La juge d'instruction a rendu son ordonnance de renvoi, estimant qu'il existe des « charges suffisantes » contre l'ancienne internationale française, aujourd'hui âgée de 31 ans et évoluant en Arabie saoudite. Six autres personnes sont également renvoyées pour leur implication présumée dans ce dossier, dont César Mavacala, conseiller sportif de plusieurs joueuses parisiennes, qui devra comparaître pour exercice illégal de l'activité d'agent sportif. Le parquet de Versailles a précisé que les contrôles judiciaires de six prévenus sont maintenus, avec un mandat d'arrêt pour le septième. La date de l'audience n'a pas encore été fixée.
Des charges lourdes retenues contre Diallo
Selon l'ordonnance consultée par RMC, la magistrate instructrice reproche à Aminata Diallo d'avoir donné les instructions pour commettre l'agression. Les faits retenus sont de la complicité de violences volontaires avec une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours, avec usage ou menace d'une arme en réunion et avec préméditation ou guet-apens. Il lui est aussi reproché sa participation à un groupement en vue de la préparation d'un ou plusieurs délits punis d'au moins cinq ans d'emprisonnement. Le juge d'instruction estime qu'elle a commandité les faits et guidé les agresseurs jusqu'au lieu de l'agression, sans y participer directement. De son côté, Me Romain Ruiz, avocat d'Aminata Diallo, a déclaré auprès de RMC qu'« il n'y a absolument rien de surprenant dans cette décision, si ce n'est qu'elle intervient le lendemain de l'annonce de notre plainte contre le directeur d'enquête ».
Le contexte : retour sur une affaire qui a secoué le football français
Les faits du 4 novembre 2021
Le 4 novembre 2021, Kheira Hamraoui avait été agressée à Chatou, dans les Yvelines, à coups de barres de fer et frappée sur les jambes par deux hommes, devant Aminata Diallo, alors que les deux joueuses rentraient d'un dîner d'équipe. La scène s'était déroulée sur le chemin du retour, dans la voiture de sa coéquipière. Très vite, les regards s'étaient tournés vers Aminata Diallo, soupçonnée d'avoir commandité l'agression pour prendre sa place dans l'effectif parisien. Après cinq longues années d'instruction, le parquet de Versailles avait requis un procès contre elle, cinq autres mis en cause soupçonnés d'y avoir pris part, ainsi que César Mavacala. Ce dernier a obtenu un non-lieu pour les faits d'extorsion et d'escroquerie en bande organisée, le magistrat instructeur estimant que les éléments de l'enquête ne permettaient pas de caractériser suffisamment des menaces ou des contraintes susceptibles de constituer ce délit. « Je me félicite du non-lieu obtenu au bénéfice de Monsieur Mavacala pour les faits d'extorsion en bande organisée », s'est réjouie son avocate, Me Sandrine Pégand.
Les réactions des parties civiles
Les avocats de Kheira Hamraoui, Mes Julia Minkowski et Saïd Harir, ont réagi avec soulagement à l'annonce du renvoi. « Après cinq longues années d'instruction, c'est un immense soulagement de voir les investigations aboutir et un procès bientôt se tenir », ont-ils déclaré à l'AFP. « Toute la vérité pourra enfin être exposée au grand jour dans cette affaire de violences hors normes dans le football, et même dans le sport, dans laquelle la victime a fait l'objet d'une campagne de dénigrement inadmissible à la suite de son agression », ont-ils poursuivi. Cette affaire, qui a défrayé la chronique judiciaire et sportive, avait également éclaboussé le PSG, dont les deux joueuses portaient alors les couleurs. Elle avait mis en lumière les tensions au sein de l'effectif parisien et les relations troubles entre certaines joueuses et des conseillers sportifs.
Perspectives : un procès attendu et des enjeux de société
Le renvoi en correctionnelle d'Aminata Diallo marque une étape décisive dans cette affaire qui a profondément marqué le football féminin français. Le procès à venir, dont la date reste à fixer, permettra d'examiner publiquement les responsabilités de chacun. Au-delà du cas individuel, cette affaire pose la question de la protection des sportives et de la gestion des conflits au sein des clubs professionnels. Elle illustre aussi la difficile libération de la parole des victimes de violences, souvent confrontées à des campagnes de dénigrement, comme l'ont souligné les avocats de Kheira Hamraoui. Pour Aminata Diallo, qui clame son innocence, ce renvoi constitue un tournant judiciaire majeur. Son avocat a d'ailleurs annoncé une plainte contre le directeur d'enquête, signe que la défense entend contester la régularité de la procédure. La décision finale reviendra au tribunal correctionnel de Versailles, qui devra déterminer si les charges retenues sont suffisantes pour condamner l'ancienne joueuse. En attendant, l'affaire continue de diviser et de passionner, cinq ans après les faits.
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