Le syndicat QA d'Activision autorise une grève
Les membres du syndicat Activision Quality Assurance United-CWA (AQAU-CWA) ont voté en faveur d'une autorisation de grève, rapporte GamesIndustry.biz. Ils accusent l'éditeur de ne pas négocier de bonne foi sur les principaux points du premier contrat collectif. Les discussions ont débuté en août 2024, après la syndicalisation de plus de 600 employés QA en mars, reconnue volontairement par Microsoft dans le cadre de son accord de neutralité syndicale signé avec la CWA en 2022. Aujourd'hui, le syndicat représente près de 2 500 salariés chez Activision Blizzard.
La vice-présidente de la CWA District 7, Susie McAllister, dénonce des "retards et blocages" depuis deux ans. Les points de blocage incluent les augmentations de salaire, les garde-fous autour de l'IA, le recours aux sous-traitants et les droits des travailleurs à demander des aménagements au titre de l'Americans with Disabilities Act. "Le résultat du vote envoie un message clair à la direction : il est temps d'arrêter de jouer", a-t-elle déclaré. Jenna Huffman, testeur QA et membre du comité de négociation, estime que l'éditeur n'est "pas l'employeur neutre vis-à-vis des syndicats qu'il avait promis d'être".
Activision se défend : un porte-parole a affirmé à Kotaku que l'entreprise "travaille de bonne foi avec la CWA" et a fait "des progrès significatifs sur plusieurs questions". La direction dit vouloir "un premier contrat équitable" et assure avoir proposé de nouvelles réunions les 21 et 22 octobre. Elle respecte le droit de grève et affirme avoir des plans pour éviter toute perturbation des joueurs et des sorties de jeux.
Un ancien développeur dénonce les profits des remasters
Sur un autre front, Gavin Goslin, ex-designer de niveaux chez Treyarch pendant plus de 15 ans, a vivement critiqué les bénéfices tirés des rééditions de Call of Duty: Black Ops et Black Ops 2 sur PS4 et PS5. Dans un message LinkedIn, repris par Eurogamer et Kotaku, il affirme que ces portages basiques vendus 40 $ chacun, sans DLC, ont rapporté près de 450 millions de dollars pour environ 11 millions d'exemplaires écoulés. Les deux titres ont dominé les charts de juillet selon Circana, se classant même parmi les cinq jeux les plus rentables de l'année 2026.
"C'est amer", écrit-il. "J'ai versé ma vie dans ces jeux, passant d'innombrables heures en crunch avec une équipe talentueuse. Voir notre sueur et nos larmes dominer les charts en 2026 est incroyable, mais il est dur de regarder les costumes empocher des fortunes avec notre vieux code sans que les créateurs touchent un centime." Il pointe l'absence de residuals dans l'industrie du jeu vidéo, contrairement à Hollywood, et réclame des "récompenses et protections rétroactives" pour les développeurs à l'origine de ces succès. Activision n'a pas encore commenté ces déclarations.
Contexte : des tensions qui s'accumulent
Ces deux actualités illustrent une pression croissante sur Activision, propriété de Microsoft depuis 2023. D'un côté, la syndicalisation progresse : la CWA représente désormais 2 500 salariés, et le vote de grève marque une escalade dans un conflit qui dure depuis l'ouverture des négociations. De l'autre, la stratégie de rééditions à bas coût, très rentable, soulève des questions éthiques sur le partage de la valeur. La sortie imminente de Modern Warfare 4 ce vendredi 23 octobre, dont la campagne est saluée par les premiers retours, pourrait être perturbée si une grève éclate. Polygon note d'ailleurs que la campagne solo de ce nouvel opus offre entre 8 et 10 heures de jeu, un argument pour les joueurs.
Perspective : l'industrie à un tournant
Au-delà d'Activision, c'est tout le modèle de l'industrie qui est interrogé. La syndicalisation des QA, longtemps précaires, gagne du terrain aux États-Unis, et les revendications sur l'IA et les sous-traitants deviennent centrales. Parallèlement, la question des residuals refait surface à mesure que les éditeurs exploitent des catalogues anciens sans en partager les fruits avec leurs créateurs. Si le vote de grève aboutit à un mouvement social, il pourrait faire jurisprudence. Et alors que Microsoft promettait une neutralité syndicale, les accusations de mauvaise foi pourraient écornrer son image. Une chose est sûre : les prochains jours seront décisifs pour l'éditeur, entre sortie de Modern Warfare 4 et négociations sous haute tension.
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