Accident de la route, ivresse présumée, refus de dépistage : le député RN Antoine Villedieu visé par une enquête

Un accident qui tourne à l'affaire judiciaire

Le vendredi 25 avril 2026 restera une date marquante pour Antoine Villedieu, député Rassemblement national de la première circonscription de Haute-Saône. Vers 8h45 ce matin-là, les forces de l'ordre et les pompiers ont été mobilisés sur la RD 13, au niveau du rond-point de Noidans-lès-Vesoul, surnommé « rond-point du Leclerc express », situé non loin de l'usine Stellantis. Un véhicule, identifié comme celui conduit par le député, circulait en faisant des embardées importantes avant de finir sa course en percutant par l'arrière un autre véhicule à l'arrêt.

La conductrice du second véhicule n'a pas été blessée, mais se trouvait selon les témoins « un peu choquée ». L'accident n'a heureusement engendré que des dégâts matériels. Antoine Villedieu, en revanche, a été pris en charge par les pompiers et transporté au centre hospitalier de Vesoul. Le procureur de la République de Vesoul, Arnaud Grécourt, a précisé dans un communiqué que l'état de l'élu avait été jugé « incompatible avec une mesure de garde à vue ». À la date de publication de cet article, il n'avait toujours pas été auditionné et continuait à « bénéficier de soins ».

Une enquête ouverte pour plusieurs chefs graves

Refus de dépistage et suspicion d'ivresse manifeste

C'est au moment de l'intervention policière que la situation a pris une dimension judiciaire plus sérieuse. Selon les informations communiquées par le parquet de Vesoul, Antoine Villedieu aurait refusé de se soumettre aux vérifications d'alcoolémie et de dépistage de stupéfiants sur place. Ces tests n'ont donc pas pu être réalisés dans les conditions habituelles.

Une enquête a été ouverte par le procureur Arnaud Grécourt sous plusieurs chefs d'accusation : « conduite sous l'empire d'un état d'ivresse manifeste », « refus de se soumettre aux vérifications » d'alcoolémie et de stupéfiants, ainsi que « vitesse excessive eu égard aux circonstances ». L'enquête a été confiée aux policiers de la direction de la criminalité territoriale de Vesoul.

Un profil hors du commun

Antoine Villedieu, 37 ans, est une figure atypique du paysage politique français. Ancien gardien de la paix, il est également champion du monde de MMA (arts martiaux mixtes). Élu député RN de Haute-Saône en 2022, il avait suscité une certaine curiosité médiatique lors de son arrivée à l'Assemblée nationale. Ce nouvel épisode vient ternir une image déjà fragilisée ces derniers mois.

Un contexte personnel déjà préoccupant

L'accident du 24 avril 2026 n'est pas un événement isolé dans la trajectoire récente du député. En janvier dernier, Antoine Villedieu avait déjà défrayé la chronique locale. Un dimanche matin, il avait été découvert légèrement blessé à la tête dans une rue de Vesoul, devant une pharmacie, dans un état qualifié de très préoccupant : extrêmement agité, en proie à des hallucinations selon des sources proches de l'enquête citées par Le Parisien.

À l'arrivée des policiers, il s'était « mis en garde » et avait fallu le « mettre au sol et le menotter » pour qu'il puisse être pris en charge par les secours, malgré son refus. Une source proche de l'enquête avait alors évoqué la prise de « trois anxiolytiques ». Le député avait pour sa part indiqué à la radio locale Ici Besançon avoir été victime d'un malaise, minimisant l'incident.

Deux épisodes en quelques mois soulèvent désormais des interrogations sérieuses sur l'état de santé et le comportement de l'élu, au-delà du simple incident de parcours.

Des implications politiques et institutionnelles

Cette affaire intervient dans un contexte où le Rassemblement national est soumis à une pression croissante sur la tenue de ses élus. Le parti, qui cherche à incarner une image de sérieux et de respectabilité depuis plusieurs années, voit régulièrement des affaires individuelles fragiliser cet effort de normalisation. À ce titre, François Durvye, le nouveau « monsieur business » du RN dont les comptes font polémique illustre une autre facette de ces tensions internes au mouvement.

Sur le plan juridique, la situation d'Antoine Villedieu reste ouverte : tant qu'il n'aura pas été auditionné, les charges retenues ne sont que provisoires. Son immunité parlementaire ne le protège pas dans le cadre d'une procédure pénale de droit commun liée à des faits extérieurs à l'exercice de son mandat. Le refus de se soumettre aux dépistages constitue en lui-même une infraction pénale autonome, indépendamment de la question de l'ivresse effective.

Cette affaire illustre, plus largement, les questions que soulève le comportement de certains élus hors cadre institutionnel, et la capacité des institutions judiciaires à traiter ces situations sans égard au statut de l'individu mis en cause. Le parquet de Vesoul, en ouvrant rapidement une enquête et en communiquant publiquement dès le lendemain des faits, semble avoir voulu marquer clairement que la qualité de député ne constitue pas un bouclier.

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