Dayfeedz.com

Iran – États-Unis : Histoire, Tensions et Enjeux d'une Rivalité Géopolitique Majeure

Une Histoire Marquée par la Rupture

Les relations entre l'Iran et les États-Unis constituent l'une des rivalités géopolitiques les plus complexes et les plus durables de la scène internationale contemporaine. Tout commence véritablement en 1953, lorsque la CIA, en collaboration avec les services secrets britanniques, orchestre le renversement du Premier ministre Mohammad Mossadegh, élu démocratiquement, pour restaurer le Shah Mohammad Reza Pahlavi sur le trône. Cet épisode, longtemps nié par Washington, reste une blessure profonde dans la mémoire collective iranienne.

La Révolution islamique de 1979 : Le Point de Non-Retour

Le tournant décisif survient avec la Révolution islamique de 1979. La chute du Shah et l'avènement de la République islamique dirigée par l'Ayatollah Khomeini marquent la fin de l'alliance stratégique entre les deux pays. La crise des otages — 52 diplomates américains retenus pendant 444 jours à l'ambassade de Téhéran — cristallise une hostilité durable. Les États-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec l'Iran en avril 1980, une rupture qui n'a jamais été officiellement réparée depuis.

Dans les années 1980, Washington soutient l'Irak de Saddam Hussein durant la guerre Iran-Irak (1980-1988), fournissant renseignements et équipements militaires à Bagdad. Cette période renforce le sentiment anti-américain en Iran et consolide la méfiance mutuelle.

Le Dossier Nucléaire : Au Cœur des Tensions Modernes

Depuis le début des années 2000, le programme nucléaire iranien est devenu le principal point de friction entre Téhéran et Washington. Les États-Unis, soutenus par leurs alliés occidentaux et israéliens, accusent l'Iran de chercher à se doter de l'arme atomique. L'Iran, de son côté, affirme que son programme est exclusivement destiné à des fins civiles et invoque son droit souverain à l'énergie nucléaire.

L'Accord de Vienne (JCPOA) et son Naufrage

En 2015, après des années de négociations laborieuses, le Plan d'action global commun (JCPOA) est signé entre l'Iran et les grandes puissances mondiales (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne). Cet accord prévoit une limitation drastique du programme nucléaire iranien en échange d'une levée progressive des sanctions économiques. Il représente un moment d'espoir diplomatique rare dans l'histoire des deux pays.

Cependant, en 2018, le président Donald Trump retire unilatéralement les États-Unis de l'accord, qualifié de « pire deal jamais négocié ». Washington rétablit des sanctions sévères dans le cadre d'une politique de « pression maximale » visant à forcer l'Iran à renégocier. En réponse, Téhéran commence à s'affranchir progressivement des limites imposées par le JCPOA, enrichissant l'uranium à des niveaux de plus en plus élevés.

Sanctions, Économie et Impact Humanitaire

Les sanctions américaines constituent l'un des instruments de pression les plus puissants exercés sur l'Iran. Ces mesures couvrent des secteurs vitaux : pétrole, banque, commerce international. Depuis le retrait américain du JCPOA, l'économie iranienne a subi des chocs sévères : dépréciation dramatique du rial, inflation galopante, chômage en hausse et pénuries de médicaments et de biens essentiels.

Les Répercussions sur la Population Civile

Les organisations humanitaires internationales ont régulièrement alerté sur les conséquences des sanctions pour les citoyens iraniens ordinaires. Bien que les médicaments soient officiellement exemptés des restrictions, les difficultés de paiement liées à l'exclusion du système financier mondial compliquent considérablement leur importation. Cette réalité alimentent les critiques qui estiment que la politique américaine punit davantage la population civile que le régime.

Proxy Wars et Influence Régionale

Au-delà du dossier nucléaire, Iran et États-Unis s'affrontent indirectement dans de nombreux théâtres régionaux. En Irak, au Yémen, en Syrie et au Liban, Téhéran soutient des milices et des mouvements armés — les Houthis, le Hezbollah, diverses factions irakiennes — qui défient directement les intérêts américains et ceux de leurs alliés, notamment Israël et l'Arabie saoudite.

L'assassinat du général Qassem Soleimani en janvier 2020, commanditée par Donald Trump, a représenté une escalade sans précédent. La mort de ce haut responsable militaire, considéré comme l'architecte de la stratégie régionale iranienne, a failli précipiter les deux pays dans un conflit ouvert avant que la situation ne se stabilise.

Perspectives : Vers une Nouvelle Diplomatie ?

L'administration Biden avait tenté de relancer les négociations sur le JCPOA dès 2021, mais les pourparlers à Vienne ont buté sur des désaccords fondamentaux concernant la levée des sanctions et les garanties exigées par Téhéran. Avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2025, la politique de pression maximale semble promise à une nouvelle intensification.

Du côté iranien, la mort du président Ebrahim Raïssi en 2024 et l'élection de Massoud Pezeshkian, considéré comme plus modéré, suscitent des interrogations sur une possible ouverture diplomatique. Néanmoins, la méfiance structurelle entre les deux capitales, ancrée dans des décennies d'hostilité et de crises successives, rend toute percée diplomatique extrêmement difficile à réaliser.

Les relations irano-américaines demeurent ainsi un facteur déterminant de la stabilité au Moyen-Orient et un enjeu central de la géopolitique mondiale, dont l'évolution conditionnera en grande partie l'équilibre régional pour les années à venir.

Comments